Comme un papillon, j'oublie le temps qui me reste et où la vie me conduit.Quelle importance, j'ai le coeur immense et le monde est petit. Ce qui compte, c'est d'avoir envie ( F.Gall)

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mardi 17 août 2010

Le cachemire ..en attendant l'or...

17 août 1963

Ce matin, il pleut et ma mère est au désespoir.Sainte Claire n'a pris en compte ni ses oeufs, ni sa neuvaine :-). La coiffeuse n’a pas été à la hauteur de tout ce qu’elle avait promis. Revenu d’Afrique, pour la circonstance, mon père dilue son émotion en cachette mais à longues lampées de wisky. Il faut dire qu’il a quelques circonstances atténuantes, il vient de passer une nuit blanche aux côtés de notre petite chienne qui a choisi cette date pour nous donner trois beaux petits. Il marie sa fille, son aînée , avec qui il n’ a pratiquement pas vécu, et il la marie non pas avec un gamin de son âge mais avec un homme qu’il ne connaît que par ce qu’on lui en a dit…

C’est peu de dire que la maison est en effervescence, des fleurs partout et il en arrive encore et encore , les cuisiniers s’affairent, les invités arrivent , les voisins sont à l’affût. « Et alors, ils sortent ??? «

Quelle affaire pour un petit mariage de rien du tout ! J

Tout le monde en voiture, s’il vous plaît ! Un de mes cousins , par ailleurs petit filleul et pour la circonstance enfant de chœur, ne sait plus où donner de son grand parapluie. Maison communale : « Jacques, etc. etc.… Danielle, etc. etc.… voulez-vous ? » nous demande-t-on très sérieusement .

Quelques signatures sur le registre : mes parents, nos témoins et puis

juste la rue à traverser. Les grands –mères font couple à part…leurs cavaliers n’y comprennent rien, qu’importe… tapis rouge ,( placé pour le mariage précédent ) marche nuptiale offerte par l’ ami qui nous accueille au bas de l’autel.

« Danielle, Jacques, voulez-vous ? » Mais, bien sûr qu’on veut , et plutôt deux fois qu’une !!

Sortie de l’église en presque cortège et sous la pluie. Les grands-mères continuent d’ignorer leurs cavaliers , les enfants d’honneur ont envie d’être ailleurs et nous, nous prenons la pose sous le grand parapluie noir. Mariage pluvieux, mariage heureux…on se console comme on peut.

Tout ce petit monde regagne la maison. Nous nous esquivons pour le reportage officiel. « Madame ( c’est tout nouveau, ça fait tout drôle ) ,regardez-moi...pour la photo ! »

Retour applaudi à la maison. Félicitations , embrassades, champagne, petits fours, etc. Ma mère tient fermement la barre aidée par joli- papa qui chante, et très bien, dans ce parler qui est le nôtre, d’anciennes chansons d’amour qu’il me dédie .

Un camarade de mon » mari » fait des photos à gogo ! Le père de la mariée versant des larmes alcoolisées essaye d’expliquer à la mère du marié qui se vide depuis le matin, qu’ elle n’enterre pas son fiston , mais que lui, LUI , il perd une gamine qu’il n’a pas vue grandir ….et ça pleure et re-pleure de conserve. Ambiance !Ambiance !

Nous en sommes au plat de résistance. Le prêtre du jour, par ailleurs grand ami de sortieS du marié, prend la décision d ‘aller mettre Robert au lit lequel le remercie en lui envoyant une bordée de jurons… « Pas de problème, mon fils, vous êtes tout pardonné »…ma mère navigue entre honte et soulagement. Les convives sont aux prises avec leurs assiettes.

Allez, on change d’atmosphère, on met la jarretière aux enchères ! Le marié veille au grain et ose , tout bas, un « Si tu la descendais sur ta cheville ??? » C’est mon oncle qui gagne les froufrous de ruban qu’il me rendra l’année suivante.

Voici venir les colombes glacées dont une vient se poser délicatement dans mon assiette. Et le gâteau et le café….je frise l’indigestion.

Les invités du soir se présentent et passent au bar , les mariés ouvrent le bal et au bout d’un moment, l’envie ,légitime vous en conviendrez , leur vient de partir vers des lieux plus intimes . Vite ,ils se glissent dans le couloir. Ma soeur , toujours aux aguets se met à crier haut et fort « Maman !!!!!!!!!!!!!!!!!! ILS partent SEULS !!!! » Alors là, c’est une houle que dis-je, un délire général.

Nous, nous sommes vendus !! Nous laissons le soin à ma mère d’expliquer à cet enfant de dix ans que dorénavant nous avons la permission ( qu’écris-je, le droit, enfin !!!!), de partir seuls et que sa mission est bel et bien terminée! (Autant vous l’écrire tout de suite, au cours d’une année de fiançailles, nous sommes parvenus à déjouer sa surveillance…quelques heureuses fois.)

Puisque si bien avertis, réunis sur le seuil, les invités saluent notre départ, ils attendent le tintamarre , on le sait…mais « mon mari » à pris ses précautions, et nous partons , sans casseroles, vers notre petite maison que l’encore fiancé attentionné à remplie, ô surprise, de fleurs à mon intention. Champagne rien que pour nous, nous deux, les nouveaux mariés, si sages, si patients !!!! Enfin seuls !!! Enfin, presque…qui vient de glisser une allumette pour bloquer la sonnette ????

17 août 1963.

Un chemin comme un ruban de soie se déroulait devant nous.

Ce jour-là, nous regardions vers l’avenir et ce 17 août d’aujourd’hui nous semblait être au bout de la ligne d’horizon, et tellement lointain. Oui, bien sûr, nous avions le temps, tout le temps :le temps de nous apprivoiser, de nous aimer, de mettre de l’eau dans un vin parfois un peu trop capiteux, de perdre des espérances puis de mettre au monde des enfants vigoureux , de les élever, de les voir grandir , s’épanouir , se libérer et agrandir notre famille tandis que nos parents , eux, prenaient , hélas, de l’âge et s’en allaient nous attendre plus loin.

Voilà ! Dans ma belle robe de guipure blanche confectionnée par ma maman, avec mon bouquet de fleurs d’oranger, j’ai mis mes rêves de femme-enfant entre les mains d’un homme accompli. Nous avions écrit nos deux noms au bas d’un parchemin .

C’était surtout pour le meilleur, nous avons fait en sorte que cela soit et ce l’est toujours. Je dirais même que ça l’est davantage encore car, avec cette notion du temps qui a passé si vite, avec les faiblesses physiques advenues, à présent, il y a, comme un sentiment d’urgence devant le temps qui nous reste…et si demain…

Ah !demain,..et bien si Dieu le veut, et il faudra qu’il le veuille, je le lui recommande vivement, nous fêterons nos noces d’or, et nous aurons bien mérité de vivre cet anniversaire- là !

17 août 2010, 47 années se sont envolées…

Monsieur mon professeur( et oui) dites-moi, tout bas…. votre élève a-t-elle bien résolu l’équation , à tant d’inconnues, qui était celle de nos deux vies réunies ?

14 commentaires:

  1. tres, tres, bon,
    ANNIV.....
    DANIELLE, ET MR l'élu de ton coeur....
    que ton bonheur dure,
    encore et encore.....
    ENCORE ET TOUJOURS.....
    BISESSSSSSSSSSSS

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  2. Tous mes voeux pour tous les deux et Bravo pour ton texte très émouvant.
    Je participe d'autant plus que comme toi j'ai un bon nombre d'années de mariage derrière nous (38..) et que j'espère bien que comme pour vous, il y en aura beaucoup d'autres encore !!!!
    Bisous.

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  3. Je suis tombé par hasard sur votre page qui m’a beaucoup beaucoup émue…Je vous souhaite un bon anniversaire à vous deux et encore plein de bonheur à venir…Nous avons fait le même chemin a quelques années prés (1968) Je me retrouve un peu dans votre récit et j’en garde moi aussi un doux souvenir. Tous mes vœux de bonheur.

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  4. Merci à vous.

    Merci pour votre visite et vos bons voeux.

    Je vous avoue que j'ai hésité avant de poster ce texte.Un mariage c'est un évènement intime mais c'est aussi une fête familiale avec ce qu'il faut bien appeler son folklore ,souvent bien sympathique.

    Et puis il y a la Vie avec un très grand" V", celle qu'il faut affronter de face avant de se rendre compte que ses jours nous glissent entre les doigts, comme des grains de sable qui s'éparpillent et qu'on ne sait plus ramasser.

    Alors, profitons..

    CLAIRE :
    L'élu de mon coeur, 75 ans aux premiers frimas, a fait une très longue sieste, histoire d'assimiler le repas qu'il m'a offert car " Je n'allais pas t'obliger à cuisiner un jour comme aujourd'hui :-). C'eut été la première fois ...et comme chaque année ,j'ai trouvé son idée excellente.

    JACOTTE: merci de votre passage et si mon texte vous a émue, alors, je suis heureuse de l'avoir mis sur ce blog.

    CATHERINE: formons des voeux pour que nous puissions compter ensemble toutes les belles et bonnes années à venir.

    Je vous souhaite LE MEILLEUR...de l'avenir!

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  5. C'est très émouvant ce que tu as écrit là, Danielle, j'ai tout lu avec les larmes aux yeux.
    Que te souhaiter, sinon encore des années de bonheur !
    Je t'embrasse très affectueusement.
    Norma

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  6. 1977: un mariage proprement scandaleux le mien! pour ma mère et mon adorable belle -maman! et pour les tantes etc!
    giovanni et moi nous n'avons pas voulu un mariage traditionnel: seulement nous deux , nos parents , les temoins meme le pretre est le frere de giovanni. STOP!
    nous sommes toujours heureux!

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  7. mais nous vivions ensamble d'après 7 annés à pavie ou nous ètions ètidiants ;D ...pas de problèmes à sortir tous seuls!
    hein! pas tous seuls.. toujours avec nous ma petite chienne Nani qui beaucoup annés après a appris a mon fils de marcher!

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  8. Paola....maintenant je suis une vieille croûte !!!:-)))))

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  9. ce n'est pas vrai! moi aussi maintenant j'ai 60 ans et giovanni 64 mais nous aimons , donc notre temps s'est arretè dans le coeur et le votre aussi

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  10. je suis aujourd'hui la dame de mon avatar

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  11. Moi aussi , Paola, mais 68 ans depuis une semaine et le chéri de mon coeur : 75 ans !!!Même si le temps s 'est arrêté dans notre coeur...:-)

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  12. ma chère danielle votre vie et la notre a connu l'amour et l'a su préserver

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vol(s) de papillon

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