Comme un papillon, j'oublie le temps qui me reste et où la vie me conduit.Quelle importance, j'ai le coeur immense et le monde est petit. Ce qui compte, c'est d'avoir envie ( F.Gall)

Pour suivre au jour le jour..

mardi 28 août 2012

Une enfance africaine. Au marché!






Elle avance, lentement. Dans son ombre, je la suis, pas à pas. Elle s’arrête. Je fais pareil .J’en profite .Je soulève le pied droit, le gauche . Je libère mes nouvelles sandales du trop plein de terre sablonneuse qui les investit et m’irrite les orteils. Elle regarde tout, pose question sur question à « l’ancienne » qui s’est fait agréable devoir de nous emmener . Lovée dans la soie rouge qui double mon casque, ma tête devient de plus en plus lourde. J’en prends plein les yeux, les oreilles , les narines. L’air est empli d’odeurs musquées intimement mêlées :fleurs épanouies, fruits trop mûrs , terre remuée, sueur, et cette autre odeur, pénétrante ,qui aujourd’hui encore en l’évoquant, m’envahit et me soulève le cœur : le manioc !
Elle se penche sur un étal, montre de gros fruits oblongs, se retourne vers sa compagne : «  Qu’est-ce que c’est ?- Des papayes ! Tu les coupes en deux, tu les vides de leurs semences,  c’est comme un melon.» Un melon ? Déjà la « mwanamke » se réjouit, elle montre ses autres richesses : quelques tomates disposées sur une grande feuille vernissée, une petite main de bananes, deux ananas. Immédiatement, une autre ‘mwanamke » propose  des patates douces, des noix de palmes ,des oranges. - Mais elles sont vertes ces oranges !!- Oui mais elles sont mûres, ce sont des oranges sauvages, très juteuses, tu verras ! »

Une autre encore montre des ‘ kukus », des » mayai ».Ici, tout s’achète à la pièce, à la poignée, au tas…pas de balance !Notre amie fait son marché.

Elle, elle  observe mais n’achète rien. 
Elle et moi ne sommes que de passage. 



 
Elle, c’est ma mère. Nous sommes en décembre 1949.
Elle a 27 ans .Elle vient de quitter, pour la première fois , son village et deux familles éplorées pour rejoindre mon père qui a eu des envies d’expatriation.
Moi, j’ai presque 7 ans. Je relève d’une très grave opération. Elle a failli me perdre.J’ai été sauvée de justesse.

Après un voyage de deux semaines sur un cargo, nous avons pris le train de Matadi à Léopoldville où une amie nous héberge en attendant le prochain vol ( en DC3) pour Lubumbashi où commencera notre vraie vie de coloniaux !

mwanamke : femme
kuku : poulet 
mayai : oeufs

7 commentaires:

  1. Bien mignonne, la petite Danielle !
    Beau souvenir d’une enfance exotique...
    Je t'embrasse.

    RépondreSupprimer
  2. Vivre dans les colonies à 7 ans était très enrichissant. Il s'apprenait une autre vie. Tu es bien jolie sous ton casque et ta maman n'a pas l'air de vouloir te lâcher la main.
    Belle journée Danielle. Bisous

    RépondreSupprimer
  3. quelle chance d avoir vecue ca,et tres jolie photo de famille ;o)

    RépondreSupprimer
  4. J'ai cru qu'on était dans un roman, au début d'une aventure et que ce serait une nouvelle suggestion de lecture que tu nous faisais. Bravo pour ce récit où l'ambiance et l'émotion sont si bien rendues. Sur la photo la petite fille sourit. La mère et la fille sont très belles.

    Bonne journée.
    Linda

    RépondreSupprimer
  5. Eri veramente carina senza nulla togliere alla bellezza di tua madre.Attendo ulteriori dettagli sulla vostra vita a Lubumbashi (sempre che tu lo voglia), perché amo molto queste notizie di vita vissuta. Salutami Mademoiselle X (sai che amo molto i gatti). Buona giornata.

    RépondreSupprimer
  6. C'est vraiment que l'on se croirait au début d'un roman ou d'une nouvelle. C'est magnifiquement écrit. J'espère que nous en saurons bientôt davantage sur l'enfance africaine de la petite Danielle.
    Grosses bises.

    RépondreSupprimer

vol(s) de papillon

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...